Ce soir, nous partons pour une excursion extraordinaire ! Cap sur l’île voisine de Java et l’un de ses volcans, le Kawah Ijen.
Nous avons rendez-vous à 23h30 avec le patron de l’hôtel, qui nous emmène à l’embarcadère de Gilimanuk. Nous prenons un ferry pour nous rendre à Banyuwangi à Java. Puis nous montons à l’arrière d’une vieille Jeep en compagnie de 3 autres couples. Le trajet semble interminable : impossible de faire un petit somme tellement c’est inconfortable ! Nous sommes assis sur une banquette épaisse comme une planche de bois, nous ressentons le moindre relief sur le route, et nos têtes cognent contre le plafond à chaque bosse (bonus pour mon chéri : il ne peut pas se tenir droit car il est trop grand…). C’est donc soulagés que nous arrivons à Paltuding, départ de la randonnée.
Il est environ 2h du matin. Nous retrouvons notre guide, buvons un petit café et attendons le reste du groupe (une quinzaine de personnes). Puis, vers 2h30-3h, il est temps de partir.
Nous suivons le guide de près, car nous ne voyons rien. Il fait nuit noire, les seules lumières sont les dizaines de lampes frontales des randonneurs. Le rythme est intense, ça monte dur par endroit. Certains, pas sportifs, préfèrent payer des porteurs pour effectuer quelques mètres en charrette. Je suis essoufflée, pas habituée à grimper sur un volcan en plein milieu de la nuit ! Je me demande même à plusieurs reprises ce qui m’a pris de venir ici. Je trouve la réponse une heure plus tard…
Nous arrivons au sommet du cratère vers 4h. Nous commençons à sentir l’odeur de soufre. Des fumées s’échappent d’un peu plus bas. Et enfin, nous en voyons… Les fameuses flammes bleues (blue fire). Elles apparaissent lorsque le soufre sort de terre à l’état gazeux. Comme pour tout phénomène naturel (ok, exploité par l’Homme, mais la réaction chimique reste un phénomène naturel), on ressent quelque chose d’extrêmement fort en voyant jaillir ces étincelles bleues dans la nuit noire…

Afin d’observer ces flammes bleues de plus près, nous amorçons une descente abrupte vers le minerai. Il faut être attentif, il y a pas mal de monde et beaucoup de gros cailloux. Par moment, nous croisons des porteurs de soufre, avec des paniers à balanciers remplis de soufre solide (de couleur jaune-orange) et pesant de 60 à 80 kg.

Plus nous approchons du minerai, plus l’odeur de soufre se fait forte : il est temps de mettre nos masques à gaz. Nous restons un moment à observer les coulées de soufre, puis notre guide nous fait signe de remonter : il ne faudrait pas rater le lever du soleil !


Après une remontée bien sportive, nous arrivons au sommet du Kawah Ijen un peu avant 5 heures. Juste à temps pour voir le ciel s’éclaircir doucement et les rayons du soleil percer derrière la montagne. Moment magique…

C’est dans cette brume matinale d’altitude que nous nous octroyons enfin une pause. Petit-déjeuner avec vue, et premiers rayons du soleil en prime ! Malgré tout, il ne fait pas chaud, et la fatigue se fait sentir. Il est possible que j’aie fermé les yeux quelques instants…
L’apparition du jour nous fait réaliser qu’en nous retournant, nous pouvons voir le cratère du volcan. Il abrite un lac d’un bleu presque surnaturel. Impossible pourtant d’aller y faire trempette, puisque ce lac est le plus acide de la planète. Avec un pH d’environ 0,2, vous seriez dissous avant que vous n’ayez pu vous en rendre compte !





Il est maintenant 6h et nous commençons à redescendre tranquillement. Nous contournons le cratère, et c’est tant mieux, car il est difficile d’en détacher nos yeux. Les roches saillantes plongent dans le bleu turquoise du lac, lui-même traversé par le nuage de vapeurs de soufre s’échappant du minerai. Quelle beauté…










C’est à regret que nous revenons sur le sentier. Bien que nous l’ayons pris à l’aller, nous ne reconnaissons rien maintenant qu’il fait jour. Puisque la pente de la montée était intense, la pente de la descente l’est aussi. Avec des petits cailloux qui roulent sous les pieds en plus. Pas si facile quand on n’a pas dormi… Je suis tellement fatiguée que je m’assoupis 2 ou 3 fois sur le chemin (oui oui, en marchant). Nous sommes de retour au point de départ vers 7h30.

Cette excursion était physique, mais c’est aussi ce qui fait son charme. Et surtout, on se dit que pour vivre de si merveilleux moments, il faut le mériter… 🙂
Il est maintenant temps de repartir pour Pemuteran : rebelote dans la rodéo-Jeep (toujours pas de sieste !), traversée en ferry, et taxi jusqu’à l’hôtel. Puis bonne douche décrassante et dodo réparateur…
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Afin de bien profiter de votre excursion au Kawah Ijen, voici quelques petits conseils :
– Si vous souhaitez voir les blue fires et le lever du soleil, vérifier que le départ de l’excursion soit suffisamment tôt. En effet, on peut monter toute la journée sur le volcan, mais l’ascension doit être faite de nuit pour profiter de ces cadeaux de la nature. Des gens descendaient vers le minerai quand on repartait : non seulement ils n’ont pas vu les blue fires car il faisait jour, mais ils ont aussi loupé le lever de soleil.
– L’ascension peut être entreprise sans guide. Le chemin est balisé, ce n’est pas très compliqué. Cependant, je ne peux que conseiller d’être accompagné : le guide connaît le lieu, il sait à quelle heure on doit être aux différents endroits pour ne rien rater. Et avantage non négligeable, il prête des masques à gaz !
– Il faut être en bonne condition physique. Pas besoin d’avoir des semaines d’entraînement non plus, mais comme évoqué plus haut, la montée est costaude et le rythme est intense. Par ailleurs, je ne pense pas que ce soit approprié avec des enfants.
– Evitez l’ascension si vous avez des problèmes respiratoires : les émanations de gaz sont suffocantes et dangereuses pour la santé. Dans tous les cas, prévoyez un foulard ou une serviette humide pour vous protéger le nez et la bouche (ou mieux, un masque à gaz)
– Couvrez-vous bien, il ne fait pas si chaud en pleine nuit à 2400m d’altitude ! On aurait bien supporté une couche de vêtements en plus. Donc sous-pull, pull (et plus si affinités), foulard, capuche/bonnet, bonnes chaussures.
– Evidemment, apportez suffisamment d’eau pour chaque personne, et à manger pour reprendre des forces au sommet
– Vous pouvez acheter des souvenirs en soufre aux porteurs (c’est toujours ça en plus pour eux), mais interdiction de les ramener dans l’avion (risque d’incendie)
Dépenses du jour (de la nuit en l’occurrence)
- Ascension du Kawah Ijen depuis Pemuteran (pour 2 personnes) : 1.800.000Rp (103€)